Avec Claude Puel, il faut toujours tendre l'oreille. Jamais un mot plus haut que l'autre, même si tous n'ont pas le même poids. L'ancien milieu de terrain, qui effectua toute sa carrière pro à Monaco (1977-1996) avant d'en être l'entraîneur (1999-2001), a bien fait de garder sa maison en bordure de Principauté : après une année sabbatique qui lui a permis de récupérer de trois saisons lyonnaises éprouvantes (2008-2011), Puel (51 ans) a retrouvé un banc à Nice. C'est non loin du centre d'entraînement du Gym, face à la mer, qu'il a bien voulu évoquer cette semaine sa personnalité tenace et combative. Mais n'allez surtout pas lui dire qu'il est psychorigide...

Commant va votre nez ? - (Surpris.)

C'est important ça ? Bien... Nez cassé pour la quatrième fois. Mais il en a vu d'autres.

Cela s'est passé à l'entraînement lors d'une opposition à laquelle vous avez participé (le 7 septembre). On a l'impression que vous êtes dans la compétition en permanence...

Déjà, je ne fais pas tous les entraînements. Là, j'ai juste remplacé dans un petit jeu un joueur blessé beaucoup plus gravement (Mbow, victime d'une rupture des ligaments croisés du genou droit). Je suis allé disputer un ballon de la tête mais je n'ai jamais été très bon de la tête... (Rires.) Les joueurs et le staff ont rigolé parce que j'ai dit au kiné de me mettre deux mèches pour vite reprendre le jeu car il y avait but vainqueur. C'était trop important. On l'a marqué d'ailleurs...

On ne se trompe donc pas !

Oui, c'est ancré. Je ne peux pas faire quelque chose en dilettante. "Le plus important, c'est de participer", ça ce n'est pas possible. Par contre, je ne tricherai jamais.

Avez-vous conscience que venant d'un entraîneur ce genre d'attitude peut laisser les joueurs perplexes, par exemple quand vous montez le col de l'Iseran à bloc (*) ?

(Pause.) Je me souviens que la première fois avec Lyon, j'avais fini devant. La deuxième, le docteur et trois joueurs m'avaient chopé. Ils se relayaient pour m'attaquer et m'épuiser. Ça a un côté sympa, rien d'autre.

Lors du stage de Nice à Aix-les-Bains cet été, à la fin de l'entraînement, vous restiez sur le terrain à faire des pompes et certains joueurs vous regardaient avec des yeux ronds...

Ça, c'est juste pour s'entretenir. C'est un besoin. Je n'ai rien contre les ventrus mais je ne me vois pas arriver devant les joueurs en me laissant aller. Il n'y a aucune volonté d'exemplarité ou de montrer quoi que ce soit.

Vous n'avez jamais envie de lâcher un peu la bride ?

Je fais la part des choses. Quand j'étais joueur, j'étais toujours à fond, sur un mode d'intolérance. Je me suis souvent attrapé avec mes coéquipiers. Si, à la fin de l'entraînement, je voyais un gars avec qui j'avais joué et qui sifflotait sous la douche alors qu'on avait perdu un petit jeu, j'étais fou ! J'avais envie de le suspendre au porte-manteaux. Mais si j'avais continué dans ce registre-là, je n'aurais pas pu faire longtemps entraîneur.Chaque gars est différent et l'entraîneur se doit d'être rassembleur.

À Lyon, vous avez laissé l'image de quelqu'un d'arc-bouté sur ses convictions, presque psychorigide...

Et je ne me retrouvais pas dans ce qu'on disait de moi. Mais si je pense que je suis dans le droit chemin, et même si je peux mesentir seuldans desmoments decrise, je tiens bon. Aucune pression, de la presse, des dirigeants ou du public ne me fera dévier. À chaque fois que cela s'est produit, à Monaco, Lille ou Lyon, à l'arrivée j'ai eu raison.

Justement, n'avez-vous pas du mal à accepter que vous puissiez vous tromper ? -

(Agacé.) Mais pourquoi dire : "Je me suis trompé ?" Un entraîneur est dans la remise en question permanente ! Tous les jours, jemedemandesimon entraînement a été bon. À Lyon, chaque période moins bonne en termes de résultats correspond à des choses qu'il faut analyser, des blessures par exemple. La saison dernière, il y en a eu aussi énormément et je n'ai presque rien entendu. C'est sain, alors que quand c'était moi, ça partait en live.

En quoi cette période lyonnaise vous a-t-elle changé ?

Elle m'a appris sur le besoin d'accompagner les choses avec davantage de communication et d'explication. Moi, je voulais être jugé d'abord sur mes compétences mais tout est important, notamment l'aspect médiatique, parce que l'écoute des joueurs peut être altérée par ce qui se dit à l'extérieur. Avant, je n'étais pas soucieux de mon image mais aujourd'hui, je sais que ça peut avoir une incidence sur le club.ogcnice.info

En parlant d'image, vous avez aussi celle d'un entraîneur davantage bâtisseur que manager d'une équipe de stars...

Ça, c'est ce qu'on veut bien véhiculer. Je ne suis pas pour les passe-droits, mais quand je discute avec d'anciens joueurs que j'ai entraînés et qui se retrouvent dans de grands clubs comme Barcelone ou Arsenal, ce qu'on appelle la psychorigidité chez moi, ce sont des peccadilles. En France, dès qu'on veut mettre des règles de vie, on passe pour le mec austère. Aujourd'hui, je peux aller n'importe où. Participer à un projet comme à Nice, aller à l'étranger, prendre une équipe "starisée"... J'ai une maturité que je n'avais pas avant.

Et l'ambition de retrouver un club de dimension européenne ?

Je veux retrouver la Ligue des champions. C'est là que je me suis le plus éclaté, c'est la quintessence du métier. Mais je ne suis pas prêt à faire n'importe quoi pour ça, il faut qu'il y ait une aventure. Après Lyon, j'ai eu la possibilité d'aller dans un club qualifié mais ce n'était pas le bon environnement. Je suis ambitieux mais j'ai besoin d'un vrai projet.

Et l'équipe de France ?

Dans sept ou huit ans, ça me dirait de postuler ou qu'on s'intéresse à moi. C'est encore trop tôt, je n'ai pas encore fait le tour de la question en club. Je ne sais pas combien de temps je resterai à Nice, mais j'aimerais tenter ensuite une expérience à l'étranger. Quoi qu'il en soit, je reste un éducateur. Là où je passe, j'ai toujours envie de faire progresser les joueurs même si ça peut être perçu comme étant un peu chiant.

Si vous aviez Cristiano Ronaldo dans votre effectif, vous feriez pareil ?

Sur certains aspects, oui, bien sûr. Après, le message serait différent. On doit en permanence s'adapter. Si je n'avais pas changé depuis Monaco, j'aurais disparu de la circulation.

Quelle est la principale évolution dans les rapports aux joueurs ?

Avant, on pouvait être plus directif. Aujourd'hui, les joueurs ont besoin de savoir pourquoi on fait les choses. Pour avoir l'adhésion, il faut partager, expliquer et leur faire penser, à juste titre d'ailleurs, qu'ils sont importants. Il faut plus d'écoute, d'échanges, une approche plus subtile. Ça ne signifie pas perdre de l'autorité ou laisser faire les choses. Mais, psychologiquement, c'est autre chose. Il faut tenir compte de l'environnement, des agents, de la famille, des amis, de la presse... On a les joueurs pendant deux heures et après des gens vont leur tourner la tête. Parfois, je me mets à leur place. Ils doivent quand même avoir quelques doutes et ne plus savoir où ils en sont. C'est humain d'écouter ceux qui les flattent plutôt que ceux qui les poussent à se dépasser. Le métier est de plus en plus intéressant mais il est aussi de plus en plus dur.

Finalement, ne préférez-vous pas l'adversité au confort ?

Non, je rassure les gens, je ne me complais pas dans la difficulté. Mais quand l'adversité est là, je ne recule pas. Je l'affronte et c'est ma grande force. Quand je pense que le cap est bon, je le maintiens, quelles que soient les conséquences. Sinon, je m'y perdrais et ce ne serait plus moi. Alors on dit que je suis rigide...

Pour revenir à cette volonté de ne jamais rien lâcher, c'est par besoin de prouver quelque chose ?

(Il réfléchit.) En fait, je pense et j'ai toujours pensé que j'étais un gros fainéant et que j'aurais tendance à m'endormir si je n'étais pas en permanence dans la compétition. Voilà, pour moi, je suis un fainéant. J'ai peur de me laisser aller et de baisser la garde. C'est peut-être pour ça que j'en fais autant. Que je suis sans cesse en action, toujours en éveil, toujours aux aguets. Si je m'endors, je suis une loque. Quand j'étais en classe, je dormais. Je tenais un quart d'heure et puis je partais. Je regardais le temps qu'il faisait, comment était habillé le prof... Quand j'ai eu seize ans et qu'un prof a appris que j'étais en équipe de France cadets, il ne voulait pas le croire. Il ne pouvait pas concevoir que je sois aussi mou, sans vie, et sportif de haut niveau.

(*) Quand Lyon effectue son stage de reprise à Tignes, le programme comporte souvent une ascension du col de l'Iseran pour les joueurs et le staff.

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