Il s’était déjà exprimé quelques minutes après l’arrêt définitif du match, mais Jean-Pierre Rivère (63 ans) n’avait pas revu toutes les images de l’échauffourée. Pendant que les esprits s’échauffaient sur le terrain, lui-même s’accrochait avec son homologue Pablo Longoria en tribune présidentielle. Avec une nuit de recul et en compagnie de son directeur du football, Julien Fournier (47 ans), le président du Gym est revenu hier pour livrer son récit de cette fin de soirée.
« À chaud, vous avez dit que c’était la réaction des joueurs marseillais qui avait mis le feu aux poudres. Pour quasiment tout le monde, la cause première était pourtant les jets de bouteilles des supporters niçois… Jean-Pierre Rivère : Les jets de bouteilles sont inadmissibles, il n’y a pas de débat sur ce point. Quand je suis venu en conférence de presse, je n’avais pas tous les éléments. Aujourd’hui (hier), j’ai tout regardé, on a les vidéos. On assume notre responsabilité. Les jets de bouteilles sont à l’origine des débordements.


Qu’avez-vous pu voir sur les images que vous avez visionnées ?

 

J.-P. R. : Je ne reviens pas sur les jets de bouteilles, on est responsables. À la 75e minute, Dimitri Payet prend une bouteille. Il s’effondre. Il se relève et la relance dans la tribune. Deux joueurs, Alvaro (Gonzalez) et (Mattéo) Guendouzi viennent alors provoquer les supporters. Par des doigts d’honneur et des paroles. Il y a ensuite des supporters qui descendent de la tribune. Il n’y en a qu’un qui passe les panneaux publicitaires mais il est pris par (Jean-Clair) Todibo, qui le remet de l’autre côté. Payet n’est pas touché. À ce moment-là, Alvaro prend un ballon et envoie un missile en tribune, alors que nos joueurs essaient de l’en dissuader. Là, en même temps, il y a deux supporters derrière la ligne de but, pas vindicatifs. À ce moment, le préparateur physique de l’OM (Pablo Fernandez) met un K.-O. à l’un d’eux. Il le sèche. Effectivement, après ça, il y a débordement.


Julien Fournier : Il y a un point à ne pas oublier, ce sont les doigts d’honneur d’Alvaro en première période. Je ne suis pas là à vouloir mettre une échelle dans la bêtise, mais quand on connaît le public qu’on a en face, c’est irresponsable de se mettre face à une tribune et de faire des doigts pendant une mi-temps. Pareil pour Guendouzi qui insulte la tribune. Mais cela ne justifie en rien les jets de bouteilles. 

 

Ce n’est pas non plus normal de voir des supporters investir la pelouse...

 

J.-P. R. : Tout à fait. Je ne le conteste pas. Mais à part sur la photo qu’on voit partout (en une de L’Équipe hier), il n’y a pas eu de violence sur des joueurs de l’OM. Au passage, Guendouzi, images à l’appui, n’a pas de traces dans le cou quand il est sur la pelouse.

 

riverefournier


Que se passe-t-il quand l’ensemble des joueurs se trouve près de l’entrée des vestiaires ?

 

J.-P. R. : Les supporters sont remis en tribune. Alvaro continue de faire des doigts, Sampaoli est incontrôlable. Et là, un membre de la sécurité de l’OM (Gallé Baldé) avance sur Justin (Kluivert). Il lui met deux coups de poing. Comment accepter qu’un préparateur physique frappe un supporter et qu’un membre de la sécurité frappe l’un de nos joueurs ?


Les responsables de la tribune vous ont assuré qu’ils resteraient calmes en cas de reprise. Pouviez-vous leur faire confiance après ce qu’il s’était passé ?

 

J.-P. R. : Moi, je suis convaincu de ça, et les forces publiques nous disent : “On maîtrise la situation, il n’y aura pas d’incident, on a les forces nécessaires pour contrôler les choses.” La police est entrée sur le terrain. Elle nous a dit qu’il n’y avait aucun danger.


Vous avez fait le déroulé des images des incidents sur la pelouse, mais que s’est-il passé en tribune présidentielle ?

 

J.-P. R. : (Il souffle). C’est un peu compliqué. Cela a été agité d’un certain côté (de celui des représentants de l’OM) pendant tout le match et cela a commencé à déranger beaucoup de personnes autour. Quand il y a eu ce jet de bouteille, je n’ai pas vu ce qu’il s’est passé sur le terrain parce que tout est allé très vite. Là, on a été pris à partie assez violemment.


Quand vous dites « on »...


J.-P. R. : Je parle de ma famille, qui était à côté de moi. Par le président de Marseille, et le directeur de la communication (Jacques Cardoze). Ils ont eu des propos plus que déplacés. Quand ça prend une mauvaise tournure et qu’un président de club se tourne vers ma femme avec des gestes très, très limites... Comme seule excuse, il m’a trouvé le fait que ma femme a posé la main sur son bras pour le calmer. Là, sincèrement, ce n’est pas acceptable, et c’est effectivement parti un peu de travers. Je suis aussi fautif parce que je considérais que je ne pouvais pas laisser passer des choses pareilles… Donc, quand je viens faire une conférence de presse en fin de soirée, je n’ai même pas vu ce qu’il s’est passé sur le terrain, à part les jets de bouteilles.



Avez-vous eu par téléphone Jim Ratcliffe (le patron d’Ineos, le propriétaire de l’OGC Nice) ? Quelle a été sa réaction ?

 

J. F.: On l’a eu, indirectement. Sa première réaction, cela a d’abord été d’être interpellé par la réaction des joueurs marseillais.


J.-P. R. : Ça ne peut réjouir personne de voir ce genre d’événement dans son stade.


À quelles sanctions l’OGC Nice s’attend-il désormais ?

 

J.-P. R. : Non seulement on assumera les sanctions, mais elles sont normales. On est extrêmement lucides sur ce qu’il s’est passé dimanche soir. On assume notre part de responsabilité.


Avez-vous le moindre doute sur le fait que vous allez remporter ce match sur tapis vert ?

 

J.-P. R. : Je n’ai aucune certitude. On expliquera à la commission de discipline les choses telles qu’on les a vues et vécues.


J. F.: Il y a deux volets : un volet disciplinaire et un volet sportif. La réalité sportive, c’est qu’il y a un match qui a été joué, dans lequel on menait 1-0, il restait quinze minutes, l’arbitre – en concertation avec les autorités de la Ligue – a fait reprendre le match, et il y a une équipe qui a refusé de le reprendre. Sur l’issue du résultat, il n’y a pas de doute. C’est du réglementaire. »

 

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