Quelle purge ! Mais au lieu de déplorer la baisse de fréquentation, il est vrai préoccupante, du Ray, nos chers dirigeants feraient bien mieux de s’étonner qu’il y ait encore près de 9000 pékins pour traîner savates dans les vénérables travées de Saint Maurice ! Tapis rouge, hôtesses, bulles et canapés, même en populaire, car il faudrait rien moins que ça pour récompenser cette foi insensée qui ramène nos pas chaque quinzaine vers le temple défraîchi de notre vaine passion. Mais bon, sommes-nous supporters ? Oui, alors, courbons l’échine, faisons le dos rond, faisons mine même de ne pas remarquer le dispositif policier digne d’un jour de pèlerinage à Kerbala, recentrons-nous sur l’horizon ultime, l’alpha et l’oméga du supporter de tout club médiocre : le maintien, fût-il dans la douleur, sera notre seule et unique récompense, comme toujours, depuis dix ans bientôt. Encore que…

 

Voila, une demi-saison de passée. Une de plus. Terne, sans grand éclat. Peu de buts et logiquement, peu de victoires. Quant au jeu…
 
Mais un chiffre a retenu mon attention. L'an dernier à même époque nous avions à peine un point de moins. Pourtant, il existait une sorte de consensus : l'entraîneur devait virer, la situation n'était plus tolérable et il fallait cracher (parfois, hélas, au sens propre) sur Rémy, le seul joueur vraiment talentueux et efficace de l'effectif. Le club était condamné à la L2 "si on ne faisait rien". On pouvait même alors parler de lynchage à propos du malheureux, et il est vrai peu à son aise, Didier Ollé Nicole. Pourtant cette année, le bilan est à peu de chose près identique : pas mieux !

Il est né le divin enfant. Alléluia ! On l'attend depuis si longtemps. Tel l'Imam caché, le Messie des Juifs ou le Jugement Dernier. Interminable attente eschatologique qui finit par donner à cet objet un caractère quasi mystique, le caractère de tout qui existe en puissance mais ne se matérialise jamais : l'Arlésienne de Daudet, la régulation du capitalisme financier, la réussite au mérite, un arbitrage impartial dans le football, un stade digne de ce nom à Nice.

 

Nous étions au Ray contre Bordeaux dimanche. Et là, peu à peu, comme remontant des profondeurs de notre affect où, par pudeur, par prudence, car nous savons tous ce que nous coûtent ces fous espoirs, à nous qui supportons le Gym, nous l'avions enfoui, nous avons exhumé ce souvenir doux, caressant, rassurant, sucré, épicé… Ce parfum de plénitude, de bonheur. Ou, tout au moins, qui y ressemblait étrangement. Rappelez-vous, c'était il y a une éternité, c'était hier, c'était il y a si longtemps, c'était pourtant il y a huit ans seulement… Un rêve, un rêve rouge et noir, un tourbillon d'émotions, de passion. 

 

L'an dernier à la même époque, c'est-à-dire au moment de la reprise du championnat, nous avions pondu un gentil petit article sur la rentrée des classes du Gym. Un article pas énervé du tout, voire, avec le recul, d'une niaiserie certaine. C'était une toute autre époque, "un nouveau départ", comme on le clamait haut et fort à l'époque, avec ses craintes, certes, mais aussi et surtout, ses espoirs. Mais cette année, je suis en colère, rouge et noir de colère ! Fini les gentils petits billets de gentilles petites humeurs. Non ! Pas cette année. Je suis fâché.

Une saison noire L'exercice se termine. Enfin. Une saison, longue, très longue. Combien avons-nous vu de matchs dignes de ce nom ? Une belle victoire à St Etienne en ouverture. Un triomphe largement mérité sur un Lyon il est vrai pas au mieux de sa forme. Quelques succès dans des matchs au couteau qu'il ne fallait pas perdre. Pour le reste ?

Quelque chose est mort en moi, en nous. Je n'étais pas des leurs. Je ne parlerai donc pas d'eux, mais de ce qu'ils ont représenté pour tous les gens comme moi, qui sont la majorité des passionnés du Ray et qui ont aussi le cœur rouge et noir.

Ca y est, nous y sommes. Comme en 1990, comme en 1997, comme en 2004, comme en 2006. Au bord du gouffre. La trouille, le sentiment de gâchis. Encore une piqûre de rappel, pour que l'on n'oublie pas qu'au fond, depuis Léo Lagrange, rien n'a jamais été construit dans ce club, rien n'avance jamais d'un iota, et qu'à la première tempête venue, le bateau menace de couler, corps et âmes.

L’autre soir contre Auxerre, sur le but des Autres, j’ai eu comme une vague crampe d’estomac. Pas vous ? Ca a fait mal, là bas, au fond, dans le dedans. Je me suis dit, « on n’est pas bon ». Et puis, j’ai repensé à la barre de Couly, qui s’est interposée entre tout un peuple et un grand moment de soulagement et de bonheur, à cet ahuri qui ne lève son drapeau que lorsqu’il ne le faut pas. J’ai vu les rouges et noirs, le regard vague, perdu, la tête entre les mains, l’air hagard. Et puis j’ai vu l’autre ex-briseur de jambes patenté de Fernandez qui, non content d’avoir été au Gym le pire entraîneur de ces dernières années, nous avait traîné dans la boue avant de s’enfuir, courant comme un cabri sur la touche, gesticulant de joie. Alors, oui, j’ai eu comme une crampe à l’estomac.

Hier soir, j’ai moi aussi posé ma petite lettre sous le sapin. Je me suis dit, « ça ne peut pas faire de mal ». Après je suis forcément un peu parano ; forcément, je suis Niçois ! Alors, je me dis, « si Papa Noël existe, il est peut-être supporter de l’OM, ou de Lyon, comme tous ces guignols qui ne suivent pas vraiment le foot de près, mais qui reçoivent TF1 à la maison et pensent qu’un OM-PSG c’est un « classico ». À moins qu’il  supporte Rovaniemi »… Parano, Niçois, et vaguement désespéré, assez pour écrire à Papa Noël plus de trente ans après.