Ce matin, je me suis disputé avec mon amour. Elle m'a demandé de ne pas la quitter.

 

Ne me quitte pas, il faut oublier, tout peut s'oublier, qui s'enfuit déjà, oublier le temps, des malentendus, et le temps perdu, à savoir comment, oublier ces heures, qui tuaient parfois, à coup de pourquoi, le cœur du bonheur.


 

 

Oui, on peut tout oublier. C'est sûr, il FAUT oublier. Des malentendus ? Oh, oui, nous en avons vécu tous les deux des malentendus. Tiens, mon cher vieil amour, je me souviens quand je montais le cœur empli d'espoir en ce bon vieux Ray, alcôve de nos unions les plus passionnées, il y a déjà presque 20 ans. Tu te parais des atours un peu tapageurs et clinquants d'une belle italienne, fourrure, chaussures de marque, bijoux, rien ne semblait trop beau pour ma belle transalpine. Et puis j'ai vite découvert qu'on t'avait maquillée comme une Alfa-Roméo volée et qu'un sombre marchand romain te faisait en fait tapiner comme une vulgaire entraîneuse des quartiers espagnols de Naples, alors que je te rêvais en noble et altière vénitienne. Marquet, Bravo, Grassi, tes atouts n'étaient que de vieux oripeaux usés sur les trottoirs glauques de ma belle Péninsule. Alors, oui, même ça, j'ai oublié.


Ne me quitte pas, ne me quitte pas...

Moi je t'offrirai des perles de pluie venues de pays où il ne pleut pas.


Ah, oui, les pays où il ne pleut pas. Des El Haddaoui, des Momo Chaouch, pour entretenir, par un crochet ou une feinte l'illusion de notre passion... C'est vrai, je les avais oubliés ceux-là.


Je creuserai le terre jusqu'après ma mort pour couvrir ton corps d'or et de lumière. Je ferai un domaine où l'amour sera roi, où l'amour sera loi et où je serai ta reine.

Ne me quitte pas, ne me quitte pas.

 

Ah, des promesses. Tu m'en a fait tellement des promesses. Dans les années 1970 tu me promettais des voyages sans fin à travers l'Europe et que m'as-tu offert ? Une belle soirée barcelonaise et un coucher de soleil sur le Bosphore. Et puis, tu m’as tellement promis que tout repartirait encore et encore, depuis Rome ou Miami. Nous nous sommes même inscrits, te souviens-tu, à cette thérapie de couple, où on a posé les bases de notre nouvelle relation, en trois ans, en cinq ans… Pourquoi y croirai-je de nouveau ?

 

Ne me quitte pas, je t'inventerai des mots insensés que tu comprendras

 

Paroles, paroles, paroles. Ah, ça tu as toujours été une belle parleuse. Combien de fois m'as-tu enjôlé, ou plutôt "en-geôlé", avec tes douces paroles, tes promesses enflammées. Tu allais changer, m'être plus fidèle, et arrêter de céder à la maison devant le premier venu, fût-il du Havre ou de Brest... Tes paroles... Comme lorsque tu me racontais l'histoire de ce roi mort de n'avoir pu me rencontrer ? Combien de roi aurais-je dû côtoyer si je m'étais laissé prendre à tes paroles ? De Robert Herbin à David Trézéguet, combien sont-ils vraiment venus ?

 

 

Je te parlerai de ces amants-là qui ont vu deux fois leurs coeurs s'embraser, on a vu souvent rejaillir le feu de l'ancien volcan qu'on croyait trop vieux.


oui, certes, mais là, c'est un peu facile, tu sais très bien que ce volcan ne mourra jamais, de la Sud, au Ray ou à St Isidore, il sera toujours là, à cracher son feu à la moindre de tes œillades ; c'est un fait entendu et tu as beau rôle d'en jouer ainsi.


Il est paraît-il des terres brûlées donnant plus de blé qu'un meilleur avril et quand vient le soir, pour qu'un coeur flamboie, le rouge et le noir ne s'épousent-ils pas ? Ne me quitte pas, ne me quitte pas.


Oui c'est vrai, tu as raison, je sais que tu as raison. Je me souviens, il y a à peine plus de 10 ans. Notre amour était mort. Pour de bon. Et puis, nous avons fait ce week-end à Lyon, cette escapade de la dernière chance et tout est redevenu comme avant, comme par magie, notre passion s'est à nouveau enflammée comme aux plus beaux jours et j'ai recommencé à croire en notre amour. Que tu étais belle à aimer, que de transports m'as-tu procurés. Je sais que tu peux être une si merveilleuse amante lorsque nous croyons tous les deux que tout est perdu. Te souviens-tu de notre séjour à Paris, alors que nous étions au plus mal, il y a presque 18 ans ?


Je ne vais plus pleurer, je ne vais plus parler, je me cacherai là à te regarder danser et sourire et à t'écouter chanter et puis rire. Laisse-moi devenir l'ombre de ton ombre, l'ombre de ta main, l'ombre de ton chien. Ne me quitte pas, ne me quitte pas.

 



Je sais que tu sais me faire rire, chanter, danser, combien de fois me suis-je dépouillé pour toi, ai-je usé de toute mon énergie dans ces stades à moitié creux, dans ces villes sombres et hostiles. Et puis tu le sais bien, tu es plus que ma part d'ombre, tu es moi et je suis toi. C'est pour cela que je ne te quitterai pas et que je ne l'ai jamais fait, bien que t'ayant tant de fois menacé de le faire. Allez ma douce, nous passerons encore cette année ensemble.

 


Commentaires   

+1 #2 Alain 02-01-2015 08:59
Louis merci pour SRG concernant le fusse-t-il vous avez totalement raison c'est rectifié.
+1 #1 Der Boghossian Louis 01-01-2015 21:06
Très bel article, bien écrit. La nostalgie est bien présente, hélas!
Je suis tout aussi dépité que vous.
Attention à la forme fusse-t-il qui n'existe pas. Fût-il serait mieux venu.
Amitiés footballistique s.

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