À la tête des Aiglons depuis 2011, le président Jean-Pierre Rivère et son directeur général Julien Fournier ont annoncé leur départ. Ils laissent un club qui a bien grandi.


« Ça se finira par un K.-O. », nous prédisait Julien Fournier à propos du désaccord stratégique entre les deux dirigeants et les actionnaires majoritaires sino-américains du Gym. C’était mardi dernier, au téléphone, trois jours avant le jet d’éponge public, alors que l’on annonce l’arrivée prochaine de Gauthier Ganaye, trente ans, ex-secrétaire général de Lens et président de Barnsley, pensionnaire de la Troisième anglaise. Arrivés à l’été 2011, Jean-Pierre Rivère et Julien Fournier auront profondément transformé l’OGC Nice. Leur plus grande réussite est assurément d’avoir changé l’image du club, d’avoir balayé le cliché « salade niçoise » qui lui collait à la peau, souvenir d’un environnement parfois trouble, et d’avoir modifié « l’ADN je mouille le maillot pour lui préférer l’intelligence de jeu, la technique et le talent », comme l’a souvent répété Jean-Pierre Rivère. Belle déclaration d’intention que le duo s’est attaché à traduire dans les faits en réorganisant l’ensemble du club. D’abord, ils ne se sont pas trompés sur leurs entraîneurs : Claude Puel en bâtisseur, Lucien Favre pour affiner encore une qualité de jeu dont profite Dortmund aujourd’hui, et Patrick Vieira, trois personnalités différentes, mais animées par une même envie de jeu et de lancer des jeunes joueurs. La première pierre angulaire a été le choix de Claude Puel à l’été 2012. « Aujourd’hui, on vit pratiquement encore sur les murs porteurs qu’il a érigés, estimait cet automne Julien Fournier. Il a posé comme critère, pour la formation et la détection, l’intelligence de jeu et une vraie dimension technique. » Ces deux secteurs ont été organisés pour cette finalité avec le succès que l’on sait : Sarr, Koziello, Amavi..., pour ce qui est du centre et, surtout, quelques pépites dénichées pour trois fois rien par les scouts rouge et noir, comme Nampalys Mendy, Seri, Pléa, Dalbert ou Cyprien.


BÂTISSEURS ET FINS NÉGOCIATEURS


Puel, puis Favre, auront su faire fructifier un effectif jeune, talentueux, et les actionnaires ne s’en plaindront pas. Selon l’Observatoire du football (CIES), avec 94 M€ dépensés et 180 M€ engrangés sur la période 2010-2018, Nice est dixième au classement des clubs des cinq grands Championnats européens ayant la balance de transferts la plus favorable. Au travail de formation et de détection, il faut ajouter les bons coups « hors cadre » réussis par le duo Rivère-Fournier, avec Ben Arfa et Balotelli en tête d’affiche, qui montrent le nouveau pouvoir d’attraction du Gym, ce que l’arrivée de Vieira sur le banc l’été dernier a confirmé. Si Nice est aujourd’hui dans la partie haute du classement, la marge de progression est de plus en plus difficile à garantir, en raison des différences de vues avec les actionnaires, mais également de la notoriété et de la réussite nouvelles d’un club qui ne peut plus se cacher dans la cour des petits. Depuis 2011, Nice a terminé à trois reprises dans le top 5 de Ligue 1, retrouvé l’Europe pour la première fois depuis 1997 et sa victoire en Coupe de France, et disputé un barrage de Ligue des champions (contre Naples) après son podium, en 2017. L’Allianz Riviera est sorti de terre en 2013, puis le centre d’entraînement et de formation quatre ans plus tard. De quoi embellir le bilan... et inquiéter les supporters pour l’avenir du projet qu’incarnait le duo. Car la réussite sportive est allée de pair avec une reconquête populaire (paix sociale avec les ultras) et médiatique.

 

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