Nous sommes à l'automne 1991, plus précisément le 10 octobre. Le football niçois est menacé, son avenir se joue au tribunal. Malade, l'OGCN pousse ses derniers gémissements de club malade et se prépare dans la détresse à disparaître purement et simplement. Criblé de dettes, il est en sursis depuis plusieurs mois déjà.

 

À son chevet, un homme entend bien le remettre sur pied, l'inattendu André Bois. Amoureux de cette bonne vieille tunique « rossoneri », ce chef d'entreprise venu de La Gaude ne peut se résoudre à voir le club de son coeur péricliter. Fédérateur, il s'emploie donc avec acharnement pour sauver ce Gym qui a bercé sa jeunesse comme celle de beaucoup de Niçois. Convaincant, il parvient à sensibiliser ses amis et tous ceux qui ont, à un moment ou un autre, aimé et encouragé cette institution culturelle et sportive qu'est le club rouge et noir. Dans la liste de soutien qu'il présente comme une garantie de reprise, il parvient même à coucher le nom du Sénateur-Maire de Nice de l'époque, Honoré Ballet, qui se porte personnellement caution d'une somme de deux millions de francs sous forme de subvention. Pari gagné, les dernières plumes de l'Aiglon sont sauvées, et tel un phénix, ce dernier renaît de ses cendres. Ce ne sera pas, d'ailleurs, la dernière fois...

Sauveur

André Bois se souvient encore des larmes qu'il ne put retenir au soir du verdict du tribunal. Il se souvient aussi que devenir président de l'OGC Nice fut de sa part un rêve prémonitoire, pas mal d'années déjà avant sa prise de fonction au sein
du club: « C'est drôle, mais il m'arrivait parfois en assistant aux matchs, de penser que je serais un jour président de ce club illustre entre tous. Un pressentiment. Aussi, quand j'ai vu le mal qu'on lui faisait, la manière dont il était traité, géré, par des gens qui servaient leurs ambitions personnelles et non celles du club, je me suis juré de le sauver. Il était temps et je peux vous dire que ce fut une question de minutes qu'il ne disparaisse !»

Le 10 octobre 1991, l'OGC Nice est, malgré tout, officiellement mort ! Juridiquement, sa disparition était inéluctable, mais qu'à cela ne tienne, André Bois le rebaptise OGC Nice Côte-d'Azur, lors de sa prise de fonction et le structure en créant la première SAOS estampillée rouge et noir.

Président fondateur de cette nouvelle entité sportive, il va s'appliquer à rebâtir la maison rouge et noire durant près de six ans avec la même foi qui a fait de lui, issu d'une famille modeste, l'un des entrepreneurs les plus importants des Alpes-Maritimes. Lui qui à force de travail s'est construit un petit royaume dans l'industrie du bâtiment apporte son sens exemplaire de la gestion, ainsi que sa vista dans le management. Et plus que démuni, le club niçois en a bien besoin. L'oeil rieur, André Bois cite encore aujourd'hui un exemple criant de cette situation apocalyptique: « Pour le premier match disputé sous ma présidence, l'équipe a joué avec les ballons de l'AS Vence, club amateur dont j'étais alors le président! »

Car avant de faire son entrée par la force des choses dans le foot pro, l'homme s'est depuis longtemps investi chez les amateurs. Président de l'OGC Nice, il ne stoppe d'ailleurs pas pour autant ses activités au sein du club vençois dont il reste au total président pendant seize ans.

« J'ai passé des moments extraordinaires à l'AS Vence et de manière plus générale au sein du football amateur azuréen », déclare avec sincérité celui qui après l'avoir quitté à contre-coeur revint au football grâce ou à cause de ses enfants. Il précise: « J'ai perdu mon père à dix-sept ans et je n'ai pu m'épanouir en jouant au foot puisque j'ai été obligé d'arrêter à ce moment-là pour redoubler d'effort au travail et faire vivre ma famille. Mais père de deux enfants à vingt-deux ans, je suis revenu sur les terrains avec mes garçons quand ils ont commencé à jouer à l'US Cagnes, le club
le plus près de la maison. Ce sont eux qui m'ont remis le pied à l'étrier. »

Dans les années soixante-dix, André Bois occupe donc avec passion les fonctions de dirigeant au sein de l'ensemble des catégories de jeunes du club qu'il égraine successivement. Ainsi, après dix ans de bons et loyaux services à Cagnes, celui qui ne cesse de voir progresser son entreprise gaudoise se voit solliciter par le comité directeur de l'AS Vence pour en devenir le président. L'hésitation ne sera pas longue. Quand il accepte le challenge, le nouvel homme fort du club fait preuve d'une ambition certaine. Nous sommes en 1980, et Vence va entamer une ascension des plus impressionnantes, passant l'espace de quelques saisons du la 1re Division à la DHR !

Dans le même temps, l'équipe réalise aussi quelques belles épopées en Coupe de France, notamment jusqu'en 64e de finale contre Valence où elle ne se voit défaite qu'à l'issue des tirs au but. Président ambitieux, André Bois attire nombre de joueurs amateurs réputés dans le club du moyen-pays provençal. Permettant à de nombreuses recrues d'intégrer son entreprise, le président fait de l'AS Vence l'un des clubs les plus attractifs de la Côte d'Azur. Les plus grands noms du monde amateur répondent alors présent à l'appel. José Cinqui, Philippe Viano, Jean Marie Maldonado sont, à travers les époques, les meilleurs exemples de l'ambition vençoise.

Humaniste

Dans le football comme dans son parcours professionnel, il n'est pas du genre à demeurer statique. Son ambition de départ était de rendre fiers ses parents, de leur prouver qu'ils avaient fait du bon travail dans son éducation. Depuis, jamais il ne se dépare de ce dynamisme qui lui a permis d'avancer dans toutes ses entreprises. Récompensé par le 1 er Prix des Autodidactes en 1994 et par la Médaille d'Or de Harvard, son parcours est reconnu par tous comme un modèle de progression. Il admet être fier de cette reconnaissance qui ne lui a pas fait perdre son humilité :
« Je suis issu d'une famille d'exploitants agricoles et j'ai conservé les valeurs que l'on m'a transmises dans ce milieu. Je suis toujours resté près des gens et je mesure très bien la valeur de l'argent c'est une fierté pour moi. Être un meneur d'hommes humaniste, c'est une chose naturelle pour moi et c'est ce que je me suis appliqué à faire dans mon entreprise comme dans le foot. J'ai toujours pensé que la réussite, c'est 80% de boulot et 20% de chance... »

Force est de reconnaître que du boulot, il en a abattu un paquet pour mener ses affaires ! Cinq heures de sommeil par nuit, peu ou pas de vacances, il a toujours été un travailleur de fond. Et inconditionnellement soutenu par sa famille, il est devenu le leader français de la distribution de matériel de travaux publics et l'un des présidents les plus atypiques du milieu pro. Il s'explique : « Les 35 heures, je n'ai jamais connu cela ! Pour moi, une semaine représente toujours le double en temps de travail car je m'investis toujours à fond dans tout ce que j'entreprends. À l'OGC Nice, c'était pareil. J'étais prés de mes joueurs, de mon entraîneur comme de tous les employés du club. Je vivais pour le Gym comme Louis Nicollin le fait à Montpellier. Avec Loulou, on s'est toujours beaucoup apprécié pour ça. Pour nous, un club de foot c'est une famille avant tout, même si sa gestion doit être réalisée très professionnellement. Moi qui suis issu du football amateur, j'ai voulu faire de Nice un club convivial comme j'y étais parvenu à Vence. Ce n'était déjà plus très courant il y a quinze ans alors j'imagine aujourd'hui.. »

Passionné

Quand il parle de l'OGC Nice, André Bois a cette lueur dans les yeux que l'on ne repère que chez les plus passionnés. Il garde en mémoire tous les détails de ses six années de présidence du Gym comme chaque moment privilégié qu'il a pu vivre. Il garde logiquement un penchant pour le titre de super D2 1994 et la Coupe de France 1997, les deux derniers trophée remportés par le club, mais il n'oublie pas les heures plus difficiles vécues sur la fin de l'aventure et déplore que l'on ne lui ait pas laissé le temps de continuer son action : « J'ai toujours été un président de coeur, considérant le Gym comme le club de tous les Niçois. En 1997, on m'a forcé la main pour que je m'éloigne du club alors que je pensais pouvoir continuer ma mission. Malgré tout, quand je suis parti je n'ai pas cherché à tirer la couverture à moi, j'ai laissé derrière de l'argent dans les caisses contrairement à mes prédécesseurs. Avec le recul, cette expérience me conforte dans mon idée, il est quasiment impossible de faire un grand club à Nice sans avoir un gros partenaire à ses côtés. Il n'y a pas plus fragile qu'un club de foot, d'autant plus à Nice...»

Demandez-lui de vous raconter ses meilleurs instants rouge et noir et il vous conte cette épopée extraordinaire de la Coupe de France 1997: « On avait gagné
cinq fois à l'extérieur, dont un match à Bastia, et en finale, on bat l'équipe du président de la Ligue, Noël le Graet ! Il fallait le faire, en avoir des tripes... »

Sept ans après, il reste fier d'avoir apporté tout ce qu'il a pu au club. Et si depuis il n'est pas retombé dans la marmite football, il se pourrait bien que vous soyez surpris de son retour d'ici quelques temps...