« Nous voulions changer le monde, mais le monde nous a changés ». Les héros de ce merveilleux film d'Ettore Scola se demandent ainsi ce qui a pu les transformer, eux, les jeunes idéalistes, en ce qu'ils sont devenus. Conformes et conformistes, dans l'Italie qui voit se finir le miracle économique. Antonio, Gianni et Nicola ont un point en commun. Ils ont tous les trois aimé Luciana. Nous avons tous aimé une Luciana. Et pour les moins jeunes d'entre nous, nous nous sommes tous demandé pourquoi nous avions fini par être ce que nous sommes devenus. Si loin de nos rêves romantiques.

Nice. Aérogare 2. L'air était doux. Le soleil presque chaud. Deux Italiennes en mini-short ouvraient la marche en direction des taxis. La nuit avait été courte. Trois bourbons et des crackers comme petit Dej'. J'avais appelé mon contact sur place. Daniel, dit « le Petit Prince ». Un mec à nous. Il m'avait donné rendez-vous au bar du Hi Beach, à deux pas du Negresco. Lunettes noires, incognito, il sirotait un martini blanc. Beau gosse, le Daniel. J'avalais une aspirine avec mon bourbon.

 

Lorsque je pénétrais dans le bureau du commissaire Ménez, je fus frappé par l'odeur de tabac et de pizza froids. Les stores étaient baissés. On y voyait à peine. Une secrétaire rousse, tailleur impeccable, s'esquiva comme une anguille à mon approche. J'aurais juré qu'elle réajustait son corsage. Merde, qu'est-ce que je foutais dans cet immeuble glauque du 20eme ? On aurait dit un claque, un hôtel de passe.

 

2012, année de la loose, 2012, année de la bouse, 2012, année de la tou... 2012, c'était comment déjà ?

 

Pas comme un problème là ? Allianz, allianz c'est nissart allianz ? Bon allez, et si on les prenait au mot ? Si on imaginait une seule minute que cet Allianz-truc-machin soit vraiment un estadi nissart ? Il faudrait bien sûr rebaptiser l'ensemble. Et Stade St Isidore (nom d'un quartier nissart) s'imposera peut-être comme s'est imposé le Ray au Léo Lagrange (nom pourtant plus que respectable, lui !). Mais imaginons la suite. Laissons libre cours à notre nostalgie et projetons nos souvenirs de Ray jusque dans les moindres recoins de cet Estadi Nissart.

J'ai mal au Gym. Je quitte le Ray dans des colères noires. Je déprime en suivant les miens à l'extérieur - le plus souvent d'ailleurs sur l'écran de mon ordi, il faut être un fouale pour se déplacer par les temps qui courent… Et je ne parle pas météo ! Je suis partagé entre abattement et désespoir. Je me demande même parfois à quoi tout cela rime. Je suis comme nous tous, au fond, triste. Alors, oui, je pourrais ressasser.

 

Le Gym est au bord du gouffre. Le tableau est sombre, très sombre. Ce club ne nous fait plus rire, comme il la longtemps fait, il nous fait pleurer.

 

Nice construit un stade. Nice est la capitale de la Côte d'Azur. Nice c'est sea sex and sun, une image en or massif. La capitale mondiale du soleil et... des magouilles, de la médiocrité érigée en art de gouverner. Parce que Nice, il y a un siècle et demi, n'était encore qu'un gros bourg de paysans et de pêcheurs, qui vivait de l'anchois et de la salade. Et le bourrin niçois ne s'est pas mué en pur-sang en un claquement de doigts. Image trompeuse, réalité honteuse.

 

L'autre jour, en prenant un verre avec des copains, j'ai aperçu Marco. Alors je suis allé le saluer. Bien sûr, il a mis un temps pour me remettre. Bien sûr on était à l'école ensemble, mais moi je jouais encore aux petites voitures et lui, il jouait déjà avec les filles. Marco, il est de Saint Roch. Marco, quand j'étais encore un pitchin gari qui se prenait pour un grand, c'était déjà un grand. Marco, tous ceux qui aiment le Sud le connaissent. Même ceux qui, comme moi, l'ont quittée il y a longtemps.

 

Ca y est, c'est reparti ! Samedi, le Gym accueille l'ex roi-Lyon pour une ouverture de la saison qui, avouons-le, après l'appétissante mise en bouche du Frioul, a, pour le dire simplement, sacrément de la gueule. C'est surtout que cette saison nous fait envie. Particulièrement. Après une longue nuit de deux saisons et demi, voila enfin, du moins l'espère-t-on, la fin du tunnel. 

Le football a ceci de merveilleux : il se nourrit des rivalités, de la mémoire des plus illustres victoires, comme de celle des plus douloureuses débâcles. Le football n’oublie rien, jamais. Le supporter non plus. D’aucuns diront qu’il est éminemment puéril, voire pathétique, de se réjouir autant du malheur des autres que de ses propres triomphes, cela d’autant plus que l’on triomphe si rarement. A cela, je leur répondrais qu’ils ignorent tout du foot et je leur conseillerais, amicalement pour commencer, de s’intéresser au rugby, ce sport qui a toutes les qualités et aucun défaut, au patinage artistique, ou aux fléchettes. Bref, de nous foutre la paix et de nous laisser entre gens mal élevés que nous sommes, avec nos rivalités immatures, nos verts slogans et nos banderoles.