Comme le disait un voisin en tribune Garibaldi, après que le dénommé Hatem Ben Arfa a éliminé la défense de Caen sur deux coups de rein, pour aller mettre une frappe de phacochère à angle fermé sous la barre d'un Vercoutre médusé. Qui l'eut cru ? Nice renoue avec une tradition bien locale mais qui, depuis 1974 s'était perdue : le "top player".

 

 

 

Par ce terme, on entend le joueur de calibre mondial, celui qui fait gagner le match à lui tout seul, celui pour qui les foules se déplacent. À ce titre, Nice a connu d'excellents joueurs, les magnifiques Gonzales, Nurenberg, Carré, Barrou, Jouve, Guillou, Katalinski, Bjekovic, Bravo, Langers, Lloris ou Rémy (liste non exhaustive), mais le "Top Player" est encore un cran au dessus. Il rentre dans la catégorie des attractions planétaires. Encore faut-il que ce phénomène arrive au club au mieux de sa forme, en pleine possession de ses moyens. Le Gym a ainsi connu Just Fontaine entre 1953 et 1956, excellent attaquant, certes, mais dont la réputation mondiale s'est faite pendant la coupe du monde 1958. Quant à Roger Piantoni, c'est seulement pour sa dernière saison professionnelle qu'il vint aider le Gym à remonter en D1 en 1965. Et on glissera un voile pudique sur la brève passade conclue entre Marco Simone et le Gym.


Le premier "Top Player" que Nice ait connu fut espagnol et gardien de but. On le sait, l'OGCN cultive sa tradition de gardiens, et elle remonte bien avant le magnifique Doumé Baratelli. il y eut d'abord Ricardo Zamora, immense star espagnole et européenne. Barcelone, le Real, la sélection espagnole, les JO, Zamora a tout connu et faisait partie des vedettes mondaines de l'avant-guerre. Showman - comme on disait aux temps jadis - consommé, il était spécialiste du poing : la "zamorada" consistait à boxer le cuir avec les bras, poings, coudes. Zamora écœurait donc les attaquants adverses. Les journalistes et le grand public se pressaient derrière les palissades du Ray, public qui, en plein Front Populaire, découvrait à la fois la joie des congés payés et le plaisir de contempler une authentique vedette mondiale de visu. Parmi les "zamoratistes" convaincus, Jean Gabin, en tournage à la Victorine, ne ratait pas un entraînement du grand Ricardo.


Le second "Top Player" fut brésilien. Il s'agit bien sûr du météorique Yeso Amalfi, qui ne joua que 17 matchs de championnat, essentiellement au Ray, avec l'OGC Nice et contribua à lui offrir son premier titre en 1951. Evoquer le "Beau Yeso" en quelques lignes… Ancien champion de boxe, époux de Miss Brésil, c'est en nouveau "Héros des deux mondes" qu'Amalfi débarque à Nice, pour regagner… le banc de touche, où Elly Rous, qui le trouvait trop "fantasque", le cantonnait. Yeso, pour mettre en scène sa lassitude de faire banquette, s'installa sur un matelas en pleine rue, bloquant la circulation et finira au poste… où l'attendait, comme par hasard, toute la presse. Rous fut débarqué et Andoire en fit son titulaire… Enfin, lorsque Monsieur consentait à jouer. Ces dames se pâmaient pour le Ramon Novaro niçois, qui avait toujours un peigne dans la poche de son short, et ces messieurs se mirent à la "moustache à la Amalfi". Sur le terrain, lorsqu'il le voulait bien, l'animal fut rien moins que fantastique, arrachant à Jean Cocteau un "c'est un génie", comme lorsqu'il dribla toute la défense de Lille avant de marquer. Et en dehors du pré, il faisait l'article de Nice- Matin toutes les semaines ou presque, comme ce jour où ayant commandé du champagne sur une terrasse qui n'était pas ouverte, il envoya au serveur un : "Yé souis Yéso Amalfi, et si tou né mé sers pas, dimanche jé joue pas". Mais Yéso s'en est allé en fin de saison, vendu à son insu par son maquignon au Torino. Le rêve était passé.

 

Le troisième fut hollandais. La scène se passe en juillet 1972. L'aéroport de Nice est envahi par les fans rouge et noir, drapeaux au vent dans le tintamarre des acclamations. Un grand type blond en costard cravate et lunettes noires, au look de tueur à gage tout droit sorti d'un James Bond, sort de l'aéroport. Il est champion d'Europe avec l'Ajax de Cruyff et se nomme Dick Van Dijk. Ils seront en ce début de juillet près de mille à se presser à l'entraînement des Aiglons. Il marquera 15 buts en 3 mois et 30 en deux saisons avec les "millionnaires de la Côte", qui, hélas, ne gagnèrent rien. Paradoxe, Hervé Révelli en mit deux de plus que lui la première saison et finira par partir, amer et mal aimé. Mais que voulez-vous, Dick, lui était non seulement un footballeur fantastique, mais il était aussi une star.


Le quatrième sera le plus marquant. Dès janvier 2015, il signe au Gym à la surprise générale. Scène de liesse populaire sur la place Masséna. On n'avait plus vu ça depuis Dick Van Dijk ! Mais une sombre histoire de papiers alliée à la volonté farouche de quelques vieux cons racistes de la ligue le laisseront à quai. Qu'à cela ne tienne, égarée la réputation de mauvais garçon individualiste et irrespectueux, Hatem patiente 6 mois, s'entraîne de son côté et signe au Mercato d'été. Et là, la tornade HBA ébouriffe la L1. Il marque son premier but "maradonesque" contre Caen et se révèlera coutumier du fait. Mais surtout Ben Arfa surprend par son sens du collectif et son art de faire briller l'équipe. Son doublé contre son ancien club, l'OM restera dans la légende. Son lob de 30 mètres donnant la victoire à Nice contre le PSG fera le tour de la planète foot. À la fin de la saison, Hatem a marqué 14 buts, offert 11 passes décisives et amené la bande à Puel en tour préliminaire de Ligue des Champions. Élu joueur de l'année par la presse, il est réintégré en équipe nationale, suite à un véritable ultimatum adressé au sélectionneur Didier Deschamps et fera les beaux jours des demi-finalistes (3 buts). Mais surtout, Hatem aura un geste d'une classe folle. Convoité partout en Europe, il prolonge son contrat niçois en janvier et c'est pour une indemnité de 145 millions d'euros qu'il rejoindra Manchester City au lendemain de l'Euro, assurant à lui tout seul l'avenir de ce bon vieux Gym.

 

 

 


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