Grâce à Mme Irma, qui utilise une boule de cristal de roche du Mt Gélas, nous avons pu entrer en contact avec Numa Andoire, ancien joueur des temps héroïques du Gym et entraîneur du premier titre de champion de France (1951) et du premier doublé coupe-championnat (1952), disparu à la fin du siècle dernier. Numa était connu pour sa gouaille légendaire et pour sa malice. C'est ainsi qu'il avait, la veille de la finale contre Bordeaux, autorisé les joueurs à dépenser la prime de match et à faire la fête. Les Niçois étaient donc entrés très décontractés sur la pelouse de Colombes et en avaient passé cinq aux Girondins.

 

 

 


- Dites nous, Numa, suivez-vous toujours les résultats du Gym ?


- Vous savez, mon cœur a toujours été rouge et noir. J'ai connu la plus belle époque du Gym, celle où nous étions demandés à Rio ou à New-York pour nous exhiber devant un public international. J'ai connu tellement de peines et de joies avec mon club !


- Que pensez-vous des résultats de l'OGC Nice depuis que vous avez intégré le PDEHDDA (Paradis Des Entraîneurs Heureux Du Devoir Accompli).


- Ecoutez, j'en discute souvent avec Jean Snella. Bien sûr, nous préfèrerions voir le Gym tout en haut du podium, comme nous l'avons connu. Mais à notre époque, c'était si simple. Les joueurs gagnaient 3 à 4 fois ce que gagnait un ouvrier. En 1951, pour le titre, ils avaient reçu une bicyclette et une valise. Aujourd'hui les salaires se règlent à coups de millions d'anciens francs... Heu… de nouveaux... heu… d'euros ! A mon époque, le maire débloquait une subvention et nous avions une grande équipe. Sincèrement, les supporters qui s'attendent à finir chaque année 4e du championnat ou même dans les 10 premiers sont des doux rêveurs. Il y a 5 ou 6 clubs intouchables et une dizaine qui rivalisent dans la même catégorie. Le Gym est de ceux-là. Le milieu de tableau, la 11e place, par exemple, n'est pas une mauvaise performance.


- On peut tout de même déplorer le manque d'ambition d'aujourd'hui.


- Vous savez, avec Jean Médecin et son brigand de fils, on a connu ça. A chaque fois qu'un recrutement fastueux a été mis en place sans faire évoluer les structures, le Gym a pris le bouillon derrière, et parfois pour 10 ans. J'en parle encore avec monsieur Loeuillet que je croise régulièrement au PDPHDDPA (Paradis Des Présidents Heureux Du Devoir Presque Accompli). ou avec Mario Inocentini. Combien de fois le club a-t-il failli disparaître ?L'ambition ne serait-elle pas de bâtir, enfin, un vrai club à Nice, avec des structures et des jeunes formés au club ?


- Vous êtes gonflé, à votre époque, le Gym disposait des meilleurs joueurs du championnat, comme Courteaux, Pancho Gonzales ou Vic Nuremberg et j'en passe, sans parler des Erikson ou des Guillou de l'ère Snella ! Le public veut des stars !


- Heuu, vous oubliez toute une dimension propre au Gym : attirer et former les meilleurs jeunes du cru, et ça on l'a toujours fait, avec les Chica Fassone, Antoine Bonifaci, Léon Rossi et plus récemment, les Fiorini, Les Aubour, Marchetti, Serrus, Charly Loubet, Bravo, Letizi, lloris et tant d'autres ! Ils me font penser un peu à toutes ces jeunes pousses niçoises d'aujourd'hui. Bien sûr il faudrait aussi des cadres, des mecs comme "Papa"Barrou, pour les encadrer. C'est là que le bas blesse.


- On dit aussi que le club a beaucoup souffert depuis deux saisons, certains pointent du doigt le manque de grinta des joueurs, d'autres l'impatience du public.


- (Il se marre), je me souviens quand j'ai repris l'équipe à l'automne 1950, le public nous traitait de tous les noms et on recevait des oranges ! Non, la pression a toujours existé à domicile. Quant à la grinta… C'est quoi la grinta ? Personnellement j'ai toujours dit que le foot était un jeu. Et c'est par le jeu qu'il faut s'en sortir. La grinta, c'est bon pour le dernier de la classe. Il faut être concentré, concerné et par dessus tout… jouer !


- Enfin, c'est plus facile avec des magiciens comme Amalfi ! D'ailleurs, Nice pourrait accueillir Ben Arfa…


- Amalfi, je vais vous dire… Il n'a joué que 19 matchs au Gym, sa vie c'était son ego et son peigne dans les chaussettes. Un jour, on passe devant la maison de Bonaparte dans la rue du même nom, avec la plaque "ici vécut…". Il me dit "et lorsque je serai parti de ma maison de Nice, il y aura écrit quoi sur la façade". Je lui ai répondu : "A louer". Ca lui a cloué le bec. Le reste de sa carrière ? Parisiennes et boîtes de nuit parisiennes. Pour le petit Hatem ça sera pareil. Soit il se met dedans à 100% et son talent refera remonter les Niçois au stade, soit il dégagera. Je fais confiance à Claude Puel pour le lui faire comprendre, lui, il n'est pas là pour rigoler !


- Vous qui avez été entraîneur, comment jugez-vous Claude Puel ?


- Claude, c'est un mec de l'intérieur, pas un méridional. Le Sud-Ouest, c'est pas le sud ! Mais, je me reconnais assez bien en lui. Il essaye de faire jouer son équipe. Sans moyens, il produit des résultats meilleurs ou équivalents à ses prédécesseurs. Et il demande du jeu. Toujours. D'ailleurs, son ratio buts marqués / matchs est meilleur que ceux de ses prédécesseurs. La possession de balle aussi. Il a des ambitions. Après c'est une tête de mule ! Là aussi, je me reconnais bien en lui, parce que bon, l'affaire Grégoire lui a sûrement fait beaucoup de tort et il en est responsable, mais enfin, souvenez-vous quand j'avais écarté Lupi, Pedini, Rossi, Bengtsson et surtout Désir Carré, de la finale ! Les supporters voulaient me pendre. Lorsque j'en croise un entre deux nuages, il m'en parle encore !


- Il faut dire aussi qu'à domicile, c'est pauvre. Ce stade froid et immense n'aide peut-être pas.


- Ouais, vous savez, lorsqu'on a quitté la Californie pour le Ray en 1927, en arrivant on s'est dit : "c'est quoi ce stade de béton au milieu de nulle part ?" Le "stade des Cressonnières" qu'on l'avait surnommé. Le Ray c'était la campagne, à côté Saint Isidore c'est Osaka. Laissez-moi me marrer, au bout de quelques saisons on était chez nous. Faut dire aussi que la mairie et le conseil de surveillance ont fini par mettre les moyens. En 1951 on était champion. C'est peut-être ça qui manque aussi, à terme, une ambition, de nouveaux partenaires. Rester "entre Niçois", c'était bon pour le siècle dernier, le miens. Avec un peu plus d'ambition, le stade de St Isidore deviendra la nouvelle Bombonera niçoise. Il a fallu du temps, plus de 20 ans, pour que naisse la légende du Ray. C'est pas après 2 saisons qu'il faut se plaindre. Laissez-lui le temps d'écrire son histoire à ce stade, et que les grincheux aillent voir ailleurs, ils nous emmerdent à toujours se plaindre, on dirait les vieux que je croise ici. D'ailleurs à ce propos … j'ai pétanque avec Vic, on va foutre une branlée à Zatelli et Ben Barek. Ce qui est sympa au Paradis, c'est que l'anisette est à volonté.

Commentaires   

-1 #2 DERBOGHOSSIAN 27-05-2015 19:31
Toujours une belle plume incisive et imaginative SRG! Grand nostalgique,j'a dore l'évocation du passé glorieux du Gym hélas de plus en plus lointain...
Petite remarque bien amicale :C'est là que le bas blesse s'orthographie plutôt c'est là que le bât blesse. Le bât était un dispositif situé sur le dos d'un mulet auquel on accrochait souvent de lourdes charges et cela pouvait engendrer de profondes plaies... J'espère que,avec cette histoire de bas, l'auteur de l'article ne va pas avoir le moral dans les chaussettes...
Loulou d'Ottawa
+1 #1 CorsicaNissart 27-05-2015 09:40
Oui , à la belle époque des années 50 , si nous étions appelés à nous exhiber à Rio et New York , ( selon le savoureux article de SRG ) Depuis : hormis l'embellie des années 70 à laquelle nous ajouterons les périodes Rohr et Antonetti , mis à part à Disneyland , le carnaval et la cour des Baumettes, je ne vois pas ou nous pourrions nous exhiber !!

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