Lorsque je pénétrais dans le bureau du commissaire Ménez, je fus frappé par l'odeur de tabac et de pizza froids. Les stores étaient baissés. On y voyait à peine. Une secrétaire rousse, tailleur impeccable, s'esquiva comme une anguille à mon approche. J'aurais juré qu'elle réajustait son corsage. Merde, qu'est-ce que je foutais dans cet immeuble glauque du 20eme ? On aurait dit un claque, un hôtel de passe.

 

 

J'avais senti l'affaire louche à la voix de l'inspecteur Duga au téléphone. Vautré dans l'ombre, avachi sur son fauteuil, l'énorme Ménez me fit vaguement signe de m'assoir. Debout derrière lui, Cette grande asperge de Duga, cheveux gominés, costard impeccable. À la PJ on l'appelait « Chri-chri l'élégant ». J'avais mal au crâne, il y a seulement une heure j'étais encore au pieu avec Astrid, la blonde du service potins de la mondaine. Duga m'avait lancé un « colle tes miches dans le premier taxi et radine. Moustache vient d'appeler ». Il était 3 h du mat. Et pas une tasse de café sur le bureau. La nuit s'annonçait longue. J'aurais dû amener ma boutanche de bourbon.

 

De ses doigts jaunis, Ménez me tendit une seiche. La nicotine me monta direct au cerveau, le marteau-piqueur qui me perforait les tympans se mit instantanément en mode sourdine. Ménez fit signe à son larbin de parler. Dire qu'il y a encore une heure c'étaient les couinements d'Astrid qui me perçaient les oreilles. Merde, putain de nuit !

 

- Moustache a appelé.

 

Silence a couper à la tronçonneuse. Ménez ne faisait pas le fier quand Moustache lui demandait d'ouvrir une enquête. Fini les vannes moisies dont il est coutumier. Moustache… Pour le grand public, Moustache était le Proc'. Le taulier. Les bacchantes alertes, le regard vif, père de famille, grandes écoles. Mais pour nous autres et pour tous les salopards qui hantaient les rues de Paname, Moustache, c'était le Capo. Jeu, prostitution, alcools, drogue, paris sportifs. Rien ne lui échappait. Pas même le football. Moustache c'était le Parrain. Duga tira une longue bouffée pour se donner contenance.

 

- Y'a un souci.

 

- Souci ?

 

- Souci sur le classement. Ce n'est pas correct.

 

Je m'attendais à tout sauf à ça. On avait bossé dur toute l'année avec Duhamel dit « Coupe Sifflet », un bad boy des beaux quartiers, et Doume, dit « L'Ange Vert ». Commission de discipline, arbitrage, commission d'éthique, télévisions. On avait des hommes à nous partout. Le marteau-piqueur entra à nouveau en action.

 

- Comprends pas. Les ordres étaient bien, « Paris premier, Marseille deuxième et Lyon troisième ; Guingamp en L1 », non ? On a même réussi à faire classer une équipe avec + 6 de différence de but à la deuxième place.

 

Ménez coupa. Son visage cramoisi sortit de l'ombre. On aurait dit une gorgone écumante de rage. Je compris que j'allais bouffer du postillon.

 

- Putain, mais Nice, les mecs ! Nice, ces putains de ritals à deux balles. Bien joli de lancer des opérations « Pas touche à Valbuena », mais l'OGC Nice, les gars, qui s'en est occupé, qui ? Moustache m'a passé un putain de savon, les mecs. Nice quatrième ! C'est pas comme si on avait rien vu venir, non ? Dans les cinq premiers depuis novembre et vous n'avez RIEN fait. RIEN. 

 

Duga matait ses groles cirées et je m'essuyais le visage. Il avait raison. Bien sûr, on avait songé à une opération désespérée et à envoyer un « liquidateur à Ajaccio ». Mais depuis la retraite de Piccirillo, difficile de trouver un bon professionnel pour faire le job sur une dernière journée. Risqué. Je ne comprenais pas ce qui avait merdé à ce point. Nice 4e. Je prenais progressivement conscience du problème. En y réfléchissant bien, le service n'avait plus traversé pareille crise depuis la montée de Gueugnon en L1.

 

Ménez braqua son regard de fouine vicieuse dans mes yeux. Putain, il me filait la pétoche ce connard…

 

- Ecoute-moi bien. Ici c'est Paname, et si tu ne veux pas finir à relever les horodateurs à Quimper t'as intérêt à être efficace. T'as une semaine pour me remettre ton rapport. Sur cette carte le numéro de ton contact, DB. Voila un billet pour Nice. Tu pars demain à 6h 30.

 

Nice, la Prom', les palmiers et la Méditerranée au mois de juin. J'écrasais ma clope sur le bureau du commissaire. Duga « La lèche » me lança un regard noir. Astrid se préparera ses tartines toute seule demain. En descendant dans la rue, je humais l'air presque froid du petit, tout petit matin. J'étais presque content. Je jetais un coup d'œil aux billets en m'engouffrant dans un taxi. Easy Jet…

 

Bande d'enfoirés !

 

… A suivre

Commentaires   

+2 #4 JR 06-06-2013 16:25
Joli, il est fort SRG, bravo!! Son seul souci c'est qu'il m'a confondu avec une autre personne, du coup je me suis fais virer du forum OGCN...Si tu lis SRG, tu as mon adresse mail.... ;-)
+2 #3 GIGIW06 04-06-2013 12:51
Ben voilà, elle n'est pas mal l'histoire à la San Antonio !
Pour ma part, je viens d'annuler purement et simplement mon abonnement à Canal.
Je n'ai plus du tout envie de voir ou d'écouter les commentaires assez calamiteux des deux gars en question.
Marre de Canal et de la façon dont ils gèrent le foot.
Une bonne occase pour aller à l'Allianz Riviera !
+3 #2 Gabouner 04-06-2013 08:09
J'arrive pas a y croire je savais qu'il etait degouter de voir Nice 4 eme mais pas a ce point la voila un gros enculer qui met les batton dans les roues a Nice
Gros tas de merde mangeur de pizza
suce double moustache
#1 pettinati 04-06-2013 07:49
ENOOORME !!

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